
Le Portugal adopte l’A-29N Super Tucano pour autonomiser son entraînement de pilotes et réduire sa dépendance aux USA, avec des capacités NATO.
Le Portugal devient le premier pays européen à commander l’Embraer A-29 Super Tucano dans une version A-29N, adaptée aux normes NATO. Cet avion vise à moderniser la formation des pilotes portugais, jusqu’ici dépendante des DHC-1 Chipmunk, TB-30 Epsilon et du programme américain ENJJPT. Avec une portée de 1330 km et un coût opérationnel de 900 €/heure, l’A-29 remplacera le TB-30 pour la phase avancée (Phase 4) et réduira la pression sur les créneaux étrangers. Il servira aussi au soutien rapproché en Afrique. Douze avions Cirrus remplaceront les vieux Chipmunk, tandis qu’Embraer voit un potentiel de marché en Europe grâce à cet avion économique et polyvalent.

Une formation modernisée avec l’A-29N Super Tucano
Le Portugal a franchi une étape majeure en décembre 2024 en commandant l’A-29N Super Tucano, une version de l’avion brésilien Embraer adaptée aux standards NATO. Cet appareil intègre des liens de données compatibles, des systèmes radio et de navigation améliorés, ainsi qu’un transpondeur IFF (Identification Friend or Foe). L’objectif est clair : autonomiser la formation des pilotes de chasse portugais. Actuellement, les élèves passent par le DHC-1 Chipmunk (construit dans les années 1950, vitesse maximale de 222 km/h) pour les bases, puis le TB-30 Epsilon (vitesse de 520 km/h, autonomie de 1300 km) pour la formation avancée. Depuis 2023, beaucoup rejoignent le programme ENJJPT aux États-Unis, à Sheppard Air Force Base, pour les phases 3 et 4.
L’A-29N, avec une vitesse maximale de 590 km/h et une autonomie de 1330 km, prendra la relève du TB-30. Selon le général Joao Rui Ramos Nogueira, l’appareil permettra de réaliser la Phase 4 (préparation aux avions de combat comme le F-16) sur le sol portugais. Le coût opérationnel, estimé à 900 €/heure, est bien inférieur aux 6000 €/heure d’un F-16. En 2023, le Portugal a formé 15 pilotes via ENJJPT, mais les créneaux limités (environ 200 places annuelles partagées entre 14 pays) ont poussé à cette transition.
Conséquences
Cette autonomie réduit la dépendance aux États-Unis, où les retards logistiques et les coûts élevés (un séjour annuel par pilote coûte environ 1,5 million €) pèsent sur le budget. Localement, cela renforce la base aérienne de Beja, qui pourrait former 20 à 25 pilotes par an avec une flotte de 12 A-29N. Mais le passage au tout-portugais exige des instructeurs qualifiés et une maintenance adaptée, un défi alors que le pays débute avec cet avion. À long terme, cela pourrait inspirer d’autres nations NATO confrontées aux mêmes contraintes.
Remplacement des vieux DHC-1 Chipmunk par des Cirrus
Les DHC-1 Chipmunk, en service depuis les années 1950, sont parmi les plus anciens avions militaires européens encore opérationnels. Avec une envergure de 10,5 m et une puissance de 145 ch, ils forment les pilotes aux rudiments du vol, mais leur âge limite leur efficacité. En février 2025, des rapports locaux ont annoncé l’achat de 12 avions Cirrus (modèle non précisé, probablement SR20 ou SR22) pour les remplacer. Le SR20, par exemple, offre une vitesse de 287 km/h, une autonomie de 1570 km et des instruments modernes comme le glass cockpit, contre les systèmes analogiques du Chipmunk.
Le coût d’un SR20 avoisine 450 000 €, soit un investissement total de 5,4 millions € pour la flotte. Ces avions, déjà utilisés par l’US Air Force pour l’entraînement initial, réduiront les coûts d’entretien (le Chipmunk exige des pièces rares, parfois 500 €/unité) et amélioreront la sécurité, les vieux appareils ayant un taux de panne de 1 pour 5000 heures de vol.
Conséquences
Ce remplacement modernise la Phase 1 de la formation, alignant le Portugal sur les standards actuels. Les Cirrus préparent mieux les pilotes aux technologies de l’A-29N, mais la transition nécessitera une formation des instructeurs, estimée à 6 mois par pilote. Si réussie, elle pourrait libérer des ressources pour d’autres programmes, comme l’entretien des F-16, dont chaque révision coûte 2 millions €. Cependant, une flotte mixte (Cirrus et A-29N) complique la logistique à court terme.
Missions de soutien rapproché en Afrique
Outre la formation, l’A-29N sera déployé pour des missions de soutien rapproché et de contre-insurrection en Afrique, où le Portugal participe à des opérations de maintien de la paix, notamment au Mozambique (force de 300 soldats en 2024). Avec une capacité à emporter 1500 kg d’armement (bombes guidées, roquettes, mitrailleuses), l’A-29 excelle dans les conflits asymétriques. Sa portée de 1330 km lui permet de couvrir des zones comme le nord du Mozambique depuis des bases avancées, à 800 km de distance.
Son coût d’opération, 900 €/heure, contraste avec les 15 000 €/heure d’un chasseur comme le F-35. En 2023, le Brésil a utilisé des A-29 pour des frappes au Rondônia, neutralisant des cibles à 50 m près, démontrant sa précision. Le Portugal prévoit une flotte de 6 à 8 A-29N pour ces missions d’ici 2027.
Conséquences
L’A-29N renforce la présence portugaise en Afrique sans alourdir le budget (un déploiement de F-16 coûterait 10 millions €/mois). Mais son usage opérationnel expose l’avion à des risques (pertes estimées à 1 pour 10 000 heures dans des zones hostiles), exigeant des pièces de rechange et une formation spécifique. Si efficace, cela pourrait inciter des pays comme la France, active au Sahel, à envisager l’A-29N.

Potentiel commercial en Europe selon Embraer
Embraer mise sur l’A-29N pour séduire d’autres pays européens. Frederico Lemos, dirigeant d’Embraer Defense and Security, souligne sa capacité à livrer des armes réelles en entraînement, un atout rare pour un avion de cette catégorie. Avec un prix unitaire de 12 millions €, contre 85 millions € pour un F-16, il attire les nations aux budgets serrés. En 2024, plus de 260 A-29 opèrent dans 15 pays, dont le Brésil (99 unités) et l’Afghanistan (20 unités avant 2021).
La NATO compte 31 membres, dont beaucoup dépendent de programmes étrangers ou d’avions coûteux. La Pologne, avec 48 F-16, pourrait envisager l’A-29N pour alléger ses coûts (maintenance annuelle de 150 millions €). Une flotte de 20 A-29N coûterait 240 millions €, avec un entretien annuel de 20 millions €.
Conséquences
Si le Portugal valide ce modèle, l’A-29N pourrait concurrencer des programmes comme ENJJPT ou des avions légers comme le Textron T-6 (coût de 6 millions €/unité). Mais son adoption dépendra de tests opérationnels : un échec portugais freinerait Embraer, tandis qu’un succès pourrait générer 500 millions € de ventes d’ici 2030. Les pays baltes, menacés par la Russie, pourraient aussi y voir une option économique.
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