Guerre en Ukraine: Le lourd tribut des soldats nord-coréens

Guerre en Ukraine: Le lourd tribut des soldats nord-coréens

En Ukraine, 12 000 soldats nord-coréens soutiennent la Russie. La moitié est déjà hors de combat, révélant un système militaire brutal.

Depuis un an, la Russie utilise 12 000 soldats nord-coréens en Ukraine. Cette alliance survient dans un contexte de manque de ressources humaines et matérielles côté russe. Plus de 50 % des effectifs nord-coréens sont déjà morts, blessés ou capturés, avec un système disciplinaire extrême et des pratiques médicales inadaptées sur le terrain. Cette implication nord-coréenne met en lumière les failles logistiques russes, les réalités brutales de Pyongyang et la militarisation opaque des relations Moscou-Pyongyang. L’engagement nord-coréen s’inscrit dans une stratégie d’exploitation humaine, avec des conséquences opérationnelles et politiques durables.

Le renfort nord-coréen : un choix contraint pour Moscou

En 2024, la Russie a engagé environ 12 000 soldats nord-coréens pour soutenir son offensive en Ukraine. Cette décision illustre le manque de main-d’œuvre militaire qualifiée du côté russe, alors que la guerre entrait dans sa troisième année. Selon les chiffres disponibles, la moitié de ces troupes – soit 6 000 soldats – sont déjà morts, blessés ou capturés.

Le recours à la main-d’œuvre nord-coréenne est révélateur d’un isolement croissant de Moscou. Alors que l’Ukraine reçoit de l’aide de plus de 40 pays, la Russie dépend principalement de deux fournisseurs militaires : l’Iran et la Corée du Nord. L’Iran, affaibli militairement par des frappes israéliennes et le renversement du régime syrien pro-iranien, ne peut fournir que des drones Shahed-136 à faible valeur ajoutée tactique.

La Corée du Nord, en revanche, dispose de stocks d’obus de 122 mm et 152 mm, compatibles avec l’arsenal soviétique de la Russie, et d’un vivier de soldats formatés pour une guerre d’usure. Le transfert d’unités entières vers l’Ukraine a été facilité par une entente directe entre Moscou et Pyongyang, avec une rémunération versée au gouvernement nord-coréen, et non aux soldats. On estime que chaque soldat est payé environ 300 € par mois, dont la majeure partie est confisquée par le régime de Kim Jong-un.

Ce partenariat met en lumière l’économie de guerre de la Corée du Nord, fondée sur l’exportation de main-d’œuvre militarisée (déjà exploitée dans les chantiers en Russie et au Moyen-Orient), et la volonté russe de compenser un taux de rotation élevé de ses propres troupes.

Guerre en Ukraine: Le lourd tribut des soldats nord-coréens

Le coût humain : discipline, brutalité et communication défaillante

Le déploiement nord-coréen s’accompagne d’un encadrement disciplinaire extrême, reposant sur l’interdiction de se rendre vivant à l’ennemi. Des cas documentés montrent que des soldats blessés se suicident sur ordre, ou que leurs propres supérieurs les exécutent s’ils refusent. Cette pratique, issue du dogme militaire nord-coréen, vise à éviter toute capture susceptible de compromettre le régime.

Ce mode de commandement a un impact direct sur la gestion des blessés. La Russie s’est engagée à soigner les blessés nord-coréens, mais les manques d’interprètes dans les hôpitaux militaires russes ont provoqué des erreurs médicales graves. Plusieurs sources indiquent que des centaines de soldats nord-coréens sont morts faute de soins appropriés, alors que leurs blessures étaient traitables.

Ce déficit de communication a également entraîné des tirs fratricides, en raison de l’incapacité des unités russes et nord-coréennes à se coordonner. Deux incidents graves ont été recensés, où les troupes nord-coréennes ont tiré sur des unités russes, croyant avoir affaire à l’ennemi. Les similitudes linguistiques et vestimentaires entre Russes et Ukrainiens ont accentué ce problème.

La Russie avait intégré des officiers bilingues russo-coréens dans les états-majors de brigade, mais leur nombre est resté insuffisant pour assurer la transmission opérationnelle vers les unités combattantes. Le décalage entre ordres et exécution a réduit l’efficacité de ces brigades, malgré une discipline tactique plus rigoureuse côté nord-coréen.

Comparaison des standards militaires : professionnalisme nord-coréen contre improvisation russe

Une différence majeure observée par les commandants russes concerne la rigueur des troupes nord-coréennes. Contrairement aux soldats russes, souvent mal formés et peu encadrés, les Nord-Coréens appliquent des tactiques de combat plus structurées, avec un soin particulier apporté à l’évacuation des morts et blessés. Cette rigueur contraste fortement avec la négligence fréquente observée dans les bataillons russes, où les corps sont parfois laissés sur le champ de bataille, faute de relève ou d’organisation.

Sur le plan sanitaire, la Corée du Nord a proposé d’accueillir des blessés russes dans ses hôpitaux militaires, une offre que Moscou a partiellement acceptée. Les témoignages de soldats russes évacués à Pyongyang indiquent que les soins prodigués sont supérieurs à ceux offerts dans les hôpitaux militaires russes, confrontés à une pénurie chronique de matériel, de médicaments et de personnel.

Ce constat soulève une interrogation sur la dégradation structurelle du système médical militaire russe, pourtant censé soutenir un front actif long de plus de 1 000 kilomètres. Le budget de santé militaire russe, estimé à environ 4 milliards d’euros en 2024, reste insuffisant pour absorber le coût humain de la guerre. À titre de comparaison, le système militaire nord-coréen, bien que sous-équipé technologiquement, repose sur une discipline logistique stricte et une hiérarchie verticale, ce qui permet une meilleure gestion des blessés, malgré des conditions matérielles plus rudimentaires.

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Conséquences stratégiques : militarisation économique et tensions à venir

Le recours aux troupes nord-coréennes a des conséquences stratégiques multiples. D’abord, il renforce l’interdépendance Moscou-Pyongyang, qui pourrait se traduire par des contreparties économiques et technologiques, comme l’exportation de matériel nucléaire civil ou d’assistance en missiles balistiques à longue portée. Cette militarisation des échanges inquiète les pays voisins, notamment le Japon et la Corée du Sud, déjà confrontés à une hausse de 15 % de leur budget de défense en 2025.

Ensuite, la mobilisation de troupes étrangères sous contrat marque un glissement vers une guerre externalisée, où les États se dotent de forces supplétives peu coûteuses, mais au prix de leur autonomie stratégique. Si la Russie poursuit cette voie, d’autres pays sous embargo ou en besoin de devises, comme le Venezuela, le Myanmar ou l’Érythrée, pourraient être sollicités dans les mois à venir.

Enfin, cette situation met en lumière l’usage politique de la guerre par Pyongyang. En envoyant ses soldats, le régime de Kim Jong-un valorise ses troupes auprès de sa propre population, tout en obtenant des revenus en devises étrangères estimés à plusieurs centaines de millions d’euros par an. Ce système rappelle les pratiques de déploiement ouvrier nord-coréen dans les années 1990 en Europe de l’Est.

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